Parabole du serviteur vigilant et de l'intendant fidèle
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 276
Le récit
Le serviteur vigilant. Soyez comme un homme sur le point de partir en voyage, ou qui attend son maître : la taille ceinte de la ceinture de voyage ou de travail, la lampe allumée à la main. Car Dieu peut sortir d'une fête de noces — celle de quelqu'un qui vous a précédés dans les Cieux, ou dans la consécration à Dieu sur la terre — et se souvenir alors de ceux qui l'attendent :
« Allons chez Etienne ou chez Jean, ou bien chez Jacques et chez Pierre. »
EMV 276.10
Heureux les serviteurs que le Maître, en arrivant, trouvera en train de veiller : pour les récompenser de leur attente, il passera sa ceinture à son vêtement, les fera asseoir à table et se mettra à les servir. Il peut venir à la première veille, à la seconde ou à la troisième. Et l'on ne se dit pas « cette nuit, il ne viendra pas » — car si l'on savait quand vient le voleur, on ne laisserait pas sa maison sans surveillance.
La question de Pierre. Il a oublié de finir son repas pour écouter. Quand Jésus se tait, il demande : « Ce que tu dis, c'est pour nous ou pour tous ? » Réponse : pour tous, mais surtout pour eux, qui sont doublement tenus — comme intendants et comme simples fidèles.
L'intendant. Il doit être avisé et fidèle : accomplir son devoir, et le faire accomplir à ceux qui dépendent de lui. Celui que le maître trouve à l'œuvre sera établi sur tous ses biens. Mais l'autre raisonne :
« Ah ! C'est bien : le maître est très loin et il m'a écrit que son retour sera retardé. Je peux donc faire ce que bon me semble puis, quand je verrai que son retour est proche, j'y pourvoirai. »
EMV 276.11
Il s'enivre, donne des ordres d'ivrogne ; comme les bons serviteurs refusent de les exécuter pour ne pas nuire au maître, il les bat jusqu'à les rendre malades. Le maître revient au moment où il s'y attend le moins et le surprend « en train d'empocher l'argent ou de corrompre quelque serviteur parmi les plus faibles ». Il est chassé, non seulement de sa charge mais des rangs des serviteurs.
La morale
● Énoncée par Jésus lui-même, et graduée selon ce qu'on a reçu :
« A qui on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé ; celui qui a été chargé de beaucoup devra rendre beaucoup, car mes intendants devront rendre compte même de l'âme d'un bébé d'une heure. »
EMV 276.11
La sanction n'est donc pas proportionnée à la faute mais à la formation reçue : l'intendant « sera d'autant plus puni que le maître l'avait davantage aimé et instruit », tandis qu'un serviteur de second rang « qui est bien peu au courant et se trompe en croyant bien faire, sera moins puni ».
Pistes de lecture
○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.
La noce est identifiée. Chez Luc, le maître « revient des noces » et l'on ne sait pas lesquelles. Ici, Jésus les nomme : c'est la fête d'une âme entrée au Ciel, ou d'une consécration sur la terre. Dieu s'y trouve, et c'est en en sortant qu'il pense à ceux qui veillent. La vigilance cesse d'attendre un événement unique et lointain pour attendre une visite que chaque sainteté nouvelle rend probable.
Les serviteurs sont nommés — et l'un n'existe pas encore. « Allons chez Etienne ou chez Jean, ou bien chez Jacques et chez Pierre. » Trois apôtres présents, et Étienne, qui n'est pas encore disciple et dont le nom ne signifiera quelque chose qu'après la Pentecôte. Le procédé est fréquent dans l'œuvre, mais il est ici particulièrement net : la parabole est adressée par-dessus la tête de son auditoire.
Le mauvais intendant ne néglige pas : il calcule. Chez Luc, il se dit que « le maître tarde à venir ». Ici, il a reçu une lettre annonçant le retard, et il en tire un plan en deux temps — jouir maintenant, se rattraper quand le retour approchera. Le péché devient une gestion de calendrier, ce qui est beaucoup plus difficile à excuser qu'une défaillance.
La faute s'étend aux autres. Luc le montre battant serviteurs et servantes. Ici, deux ajouts : les bons serviteurs refusent ses ordres pour ne pas nuire au maître — c'est parce qu'ils résistent qu'il les frappe — et il est surpris en train « de corrompre quelque serviteur parmi les plus faibles ». Le mauvais intendant ne se contente plus de mal faire : il fabrique d'autres coupables.
Une phrase pour les responsables d'âmes. « Rendre compte même de l'âme d'un bébé d'une heure » n'a pas d'équivalent chez Luc, dont la formule s'arrête à « on demandera beaucoup ». Le complément déplace la reddition de comptes du terrain des biens administrés à celui des personnes, et jusqu'aux plus petites.
Le texte évangélique
Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.
Luc 12, 35-38 — le serviteur vigilant, et le maître qui sert
35 Ayez la ceinture aux reins et vos lampes allumées !
36 Soyez semblables à des hommes qui attendent le moment où leur maître reviendra des noces, afin que, dès qu'il arrivera et frappera à la porte, ils lui ouvrent aussitôt.
37 Heureux ces serviteurs que le maître, à son retour, trouvera veillant ! Je vous le dis en vérité, il se ceindra, il les fera mettre à table, et s'approchera pour les servir.
38 Qu'il arrive à la deuxième veille, qu'il arrive à la troisième, s'il les trouve ainsi, heureux ces serviteurs !
L'écart avec l'Évangile
L'ampleur
La fiche ne recopie Crampon que pour Luc 12, 35-38 : 506 caractères, contre 1 203 dans l'EMV pour le même trajet, de l'appel à se tenir prêt jusqu'à la troisième veille — deux fois et demie plus. Mais le récit valtortien couvre en fait tout le bloc lucanien jusqu'au verset 48, question de Pierre et intendant compris, et le rapport y reste le même : 1 858 caractères chez Crampon contre 4 425. La seconde moitié seule — Luc 12, 41-48 — passe de 1 112 à 2 777 caractères.
La scène
Luc ne situe rien ; le discours coule sans lieu ni heure. Ici, la foule a d'abord entendu le riche insensé sur une colline de la rive occidentale du lac, entre Magdala et Tibériade, puis a été renvoyée : « Jésus bénit et il se retire dans un bois avec les apôtres et les disciples pour se restaurer et se reposer. » C'est « tout en mangeant » qu'il enchaîne sur la vigilance. Le maître qui « se ceindra » et servira à table est donc annoncé à des hommes eux-mêmes attablés — et Pierre écoute au point d'« oublier de finir son repas », ce qui explique qu'il coupe la parole « lorsqu'il voit que Jésus se tait ».
Ce qui est ajouté
Crampon dit « Ayez la ceinture aux reins et vos lampes allumées ! » sans dire de qui l'on est serviteur ; l'EMV le dit d'entrée — « Vous êtes les serviteurs du Maître-Dieu » — et double l'attente d'une seconde éventualité que Luc ignore : « A toute heure il peut vous appeler là où il est, ou bien venir là où vous êtes », d'où « Soyez donc prêts à lui ouvrir la porte quand il arrivera, ou à partir s'il vous appelle. » Le maître de Luc revient toujours vers ses serviteurs ; celui-ci peut aussi bien dire « Viens ».
Les noces. Celles, anonymes, du verset 36 reçoivent une identité : « Au sortir d'une fête de noces avec quelqu'un qui vous a précédés dans les Cieux ou dans la consécration à Dieu sur la terre » — et les serviteurs, un nom : « Allons chez Etienne ou chez Jean, ou bien chez Jacques et chez Pierre. » Aux deux veilles de Crampon s'en ajoute une première.
Le voleur. Le « ne laisserait point percer sa maison » du verset 39 se précède d'une phrase intérieure absente de Luc — « Ne vous leurrez pas vous-mêmes en disant : « On a bien le temps ! Cette nuit, il ne viendra pas » » — et le Fils de l'homme, qui chez Luc vient seulement « à l'heure que vous ne pensez pas », reçoit ici une réplique : il « viendra en disant : « Voici l'heure. » »
Le mobile de l'intendant. Du côté de l'intendant, tout ce que Luc laisse sans cause reçoit un mobile. Pourquoi doit-il être fidèle ? « car il paie l'intendant pour qu'il agisse en son nom et veille sur ses intérêts en son absence ». Que gagne le maître au bon serviteur ? Non plus seulement de l'établir « sur tous ses biens » : le maître y gagne de se reposer et de se réjouir « dans son cœur de la sécurité que ce serviteur lui donne ».
Le mauvais intendant. Pourquoi se croit-il libre ? « il m'a écrit que son retour sera retardé » — Luc n'a qu'un « Mon maître tarde à venir » que l'intendant se dit « en lui-même ». Et il jouit de sa position en le disant : « Je savoure enfin ce que c'est qu'être maître et craint de tous. » Le maître, enfin, ne se contente pas d'arriver : il le surprend « en train d'empocher l'argent ou de corrompre quelque serviteur parmi les plus faibles ».
Ce qui est changé
Cinq divergences, et elles sont de fond.
La question de Pierre reçoit une réponse. Chez Luc, « Est-ce à nous que vous adressez cette parabole, ou bien est-ce aussi à tous ? » reste sans réponse : Jésus repart aussitôt sur l'économe. Ici il tranche — « C'est pour vous et pour tous, mais c'est surtout pour vous » — et justifie ce « surtout » par une double obligation, « à la fois comme intendants et comme simples fidèles ».
La question du verset 42 change de nature. Crampon demande qui — « Quel est l'économe fidèle et sage que le maître établira sur ses serviteurs » — et laisse la question ouverte. L'EMV demande quoi : « Que doit être l'intendant placé par le maître à la tête de ses serviteurs pour donner à chacun sa juste part au moment voulu ? » — et répond dans la phrase suivante : « Il doit être avisé et fidèle. »
L'ordre des fautes s'inverse. Chez Luc, il se met « à battre les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer » : la liste commence par les coups. Ici l'ivresse vient d'abord, et les coups en découlent — « Comme les bons serviteurs qui dépendent de lui refusent de les exécuter pour ne pas faire du tort à leur maître, il se met à battre les serviteurs et les servantes jusqu'à les rendre malades et languissants. » Chez Luc il frappe par brutalité ; ici il frappe parce qu'on lui résiste par fidélité.
Le châtiment change de sens. Crampon : « il le fera déchirer de coups, et lui assignera sa part avec les infidèles » — on le met avec les infidèles. L'EMV fait exactement le mouvement contraire : « le maître le chassera de sa place d'intendant et jusque des rangs de ses serviteurs, car il n'est pas permis de garder les infidèles et les traîtres parmi des serviteurs honnêtes » — on l'ôte d'avec les honnêtes.
Le critère des versets 47-48 n'est plus le même. Luc oppose celui qui « aura connu la volonté de son maître » à « celui qui ne l'aura pas connue, et qui aura fait des choses dignes de châtiment » : la mesure est la connaissance. L'EMV la remplace par l'affection et la formation reçues — « il sera d'autant plus puni que le maître l'avait davantage aimé et instruit » — et son second personnage n'est plus l'ignorant qui a mal fait, mais « un serviteur de second rang qui est bien peu au courant et se trompe en croyant bien faire ». Luc punit peu une faute réelle ; l'EMV excuse une erreur de bonne foi.
Ce qui tombe
Trois choses. Le maître de Luc « frappera à la porte » : ce coup frappé disparaît, il ne reste que la porte à ouvrir. Le « père de famille » du verset 39 s'efface au profit d'un « on » impersonnel, et le mur cède la place à l'huisserie : là où Crampon dit qu'il « ne laisserait point percer sa maison », ce qu'on force ici, c'est « la porte ou les coffres-forts ».
La tâche de l'économe. Surtout, celle que Luc lui donne — « distribuer, au temps convenable, la mesure de froment » — perd son froment : il s'agit désormais de « faire accomplir à ceux qui sont au-dessous de lui leur propre devoir ». L'intendance cesse d'être un magasin pour devenir une charge d'âmes.
La pointe
Crampon finit sur un proverbe de proportion, impersonnel et clos : « On exigera beaucoup de celui à qui l'on a beaucoup donné ; et plus on aura confié à quelqu'un, plus on lui demandera. » L'EMV le reprend presque mot pour mot, puis le fait basculer par une subordonnée : « car mes intendants devront rendre compte même de l'âme d'un bébé d'une heure ». Le « on » devient « mes intendants », et l'objet du compte passe des choses confiées aux personnes, jusqu'à la plus petite.
La suite. Le bloc ne s'arrête pas là non plus : il continue au-delà du verset 48 et se referme, après le feu et la division, sur le retour de la promesse du verset 37, cette fois nommée — « à la fin, il y aura Jésus, toujours et encore Jésus, qui ceindra son vêtement pour vous servir, puis s'assiéra avec vous à un banquet éternel et on oubliera fatigue et douleur ». Ce que Luc énonce comme une image au début, l'EMV le rend comme un dernier mot.
Ampleur ×2,5 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · auditoire changé · pointe déplacée · prolongée
Résonances bibliques
- Luc 12, 35-48 — la source directe, et dans le même ordre : les reins ceints et les lampes, le maître qui sert, les trois veilles, le voleur, la question de Pierre (v. 41), l'intendant fidèle et le mauvais, « à qui l'on a beaucoup donné ». Tout le bloc lucanien est rendu d'un seul tenant.
- Matthieu 24, 42-51 — le parallèle matthéen du voleur et des deux serviteurs, que l'EMV rapportera séparément le mercredi saint (ch. 596, n° 111).
- Luc 12, 49-53 — le feu apporté sur la terre, le baptême, la division des familles : la suite immédiate, elle aussi rapportée dans ce chapitre.
- Matthieu 25, 1-13 — les dix vierges, autre parabole de l'attente avec des lampes (EMV ch. 206, n° 11).
- Jean 13, 4-5 — le Maître qui se ceint et sert à table : le geste annoncé ici sera fait au Cénacle.
Passages cités : Maria Valtorta, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 276 — © Centro Editoriale Valtortiano. Le texte intégral est disponible aux éditions du CEV.