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114Troisième année de vie publiqueChapitre 518Jésus énonce lui-même la morale, explicitement.Jn 10, 1-18×7

Parabole de la Porte et du Bon Berger

Troisième année de vie publique — Jérusalem, peu après la guérison de l'aveugle-né et son expulsion de la synagogue. Jésus retrouve l'homme guéri, puis affronte un auditoire de docteurs et de curieux qui l'a suivi. Il vient de comparer les hommes de l'ancien temps à un aveugle qui sait retrouver la porte de sa propre maison, mais se heurterait aux murs d'une maison nouvelle.
L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, chapitre 518

Le récit

L'image se construit en trois temps, sans jamais quitter le bercail.

La Porte. Le temps de la Loi nouvelle est venu, et ceux du temps passé ne le connaissent pas : ils sont comme des aveugles conduits dans un pays inconnu où se trouve la maison du Père, sans en savoir l'emplacement. D'où l'identification :

« Je suis moi-même la Porte par laquelle on accède à la maison du Père, au Royaume de Dieu, à la Lumière, au Chemin, à la Vérité, à la Vie. »

EMV 518.5

Le Berger, et les faux bergers. Jésus est en même temps la Porte et le Berger : il entre librement par la porte, « car je suis le vrai Berger ». Celui qui n'entre pas par la porte mais escalade la clôture est un voleur et un assassin — et il tue pour que les agneaux qu'il prend « n'aient pas de voix pour se plaindre ». Or de faux bergers s'insinuent déjà parmi les brebis d'Israël pour les entraîner loin des pâturages, prêts à les frapper afin de les empêcher de parler.

Les portiers. Ceux qui l'ont annoncé — les prophètes — sont « pour l'éternité les portiers du vrai bercail » : ils ont connu son nom, l'ont décrit, ont préparé ses chemins. Et le dernier d'entre eux lui a ouvert la porte en présentant au troupeau celui qui venait derrière lui.

La voix. Les bonnes brebis ont entendu ; appelées par leur nom, elles sont accourues. Le berger marche devant elles et elles le suivent, parce qu'elles aiment sa voix ; elles fuient l'étranger qu'elles ne connaissent pas. Et lui marche en tête « pour affronter le premier les dangers et les signaler au troupeau ».

La morale

● Énoncée par Jésus lui-même, mais arrachée par la contradiction. Ses auditeurs l'interrompent — « Parle et réponds sans paraboles. Es-tu, oui ou non, le Messie ? » — et il répond en revenant à l'image :

« N'avez-vous toujours pas compris ? C'est pour cela que je me suis présenté comme la Porte et le Berger. Jusqu'à présent, personne n'a pu entrer dans le Royaume de Dieu parce qu'il était muré et sans issue, mais maintenant que je suis venu, la porte d'entrée est créée. »

EMV 518.6

L'allégorie n'était donc pas un ornement : c'était la réponse elle-même à la question sur le Messie, que la suite précise — « Le Royaume du Messie n'est pas de ce monde… Le Messie n'est pas le roi des peuples et des armées, mais le roi des âmes. »

Pistes de lecture

○ Interprétation — ces rapprochements ne figurent pas dans le texte.

Ce n'est pas un doublon du chapitre 352. Le point mérite d'être établi, car ce chapitre avait d'abord été écarté à ce titre. Les deux textes n'ont en commun que le mot berger. Le n° 27 (ch. 352) est un récit : un roi-berger, un troupeau qui se disperse et s'entretue, un unique agnelet fidèle que le berger, arrivé à la porte de son royaume, ne fait pas entrer mais prend sur sa poitrine. Ici, aucun récit : une identification, au présent, devant des adversaires, et qui répond à la question de l'identité messianique. L'un console, l'autre argumente.

La Porte et le Berger sont le même. Jean juxtapose les deux images sans les nouer explicitement, ce qui fait depuis toujours l'embarras des commentateurs de Jn 10 : Jésus y est tour à tour la porte des brebis et le pasteur qui entre par elle. Ici, le nœud est dit en une phrase — « je suis en même temps la Porte et le Berger ; j'y entre et en sors comme et quand je veux » — et il est fondé sur la liberté : ce qui distingue le vrai berger, c'est qu'il n'a pas à escalader.

Les portiers sont les prophètes, et le dernier est le Baptiste. Jean mentionne « le portier » au singulier, sans dire qui il est ; l'exégèse hésite entre Dieu, l'Esprit et le Baptiste. Ce chapitre tranche autrement : les portiers sont tous les prophètes, et le dernier — celui qui ouvre effectivement — est Jean, dont les paroles sont citées presque littéralement d'après le premier chapitre du quatrième Évangile.

Le voleur tue pour faire taire. Jn 10, 10 dit seulement que le voleur vient « pour voler, égorger et détruire ». Ici, le mobile est explicité, et il est politique : il tue pour que les agneaux volés « n'aient pas de voix pour se plaindre » ni n'alertent les gardiens. Appliqué aussitôt aux faux bergers d'Israël qui frappent les brebis « pour les empêcher de parler », le trait vise l'auditoire présent — deux pages après qu'un aveugle guéri a précisément été expulsé pour avoir parlé.

Le texte évangélique

Traduction de l'abbé Augustin Crampon (1923), dans le domaine public. Les passages ci-dessous sont ceux dont la parabole valtortienne est le parallèle.

Jean 10, 1-18 — le bon pasteur et la porte des brebis

1 " En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre point par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand.
2 Mais celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis.
3 C'est à lui que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom ses brebis, et il les mène aux pâturages.
4 Quand il a fait sortir toutes ses brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix.
5 Elles ne suivront point un étranger, mais elles le fuiront, parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers. "
6 Jésus leur dit cette allégorie ; mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait.
7 Jésus donc leur dit encore : " En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis.
8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont point écoutés.
9 Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira, et il trouvera des pâturages.
10 Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance.
11 Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.
12 Mais le mercenaire, qui n'est pas le pasteur, et à qui les brebis n'appartiennent pas, voit venir le loup, laisse là les brebis et prend la fuite ; et le loup les ravit et les disperse.
13 Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire et qu'il n'a nul souci des brebis.
14 Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,
15 comme mon Père me connaît, et que je connais mon Père, et je donne ma vie pour mes brebis.
16 J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix, et il y aura une seule bergerie, un seul pasteur.
17 C'est pour cela que mon Père m'aime, parce que je donne ma vie pour la reprendre.
18 Personne ne me la ravit, mais je la donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père. "

L'écart avec l'Évangile

L'ampleur

Crampon dit en 2 090 caractères ce que l'EMV développe en 14 160 — près de sept fois plus (6,8). Le rapport tient segment par segment : l'allégorie initiale (Jn 10, 1-5, 596 caractères) devient 2 881 caractères, soit 4,8 fois ; la porte et le voleur (Jn 10, 7-10, 477 caractères) deviennent 2 876, soit 6 fois ; le bon pasteur, le mercenaire et les autres brebis (Jn 10, 11-16, 685 caractères) deviennent 2 653, soit 3,9 fois. Le reste de l'écart est occupé par un échange entier sur le Royaume et le Messie dont Jn 10, 1-18 n'a pas la moindre trace.

La scène

Crampon ne dit ni le lieu, ni l'heure, ni à qui l'on parle : le discours flotte à la suite du chapitre 9. L'Œuvre le date d'« un sombre matin d'hiver », à Jérusalem, sous un ciel où le soleil ne perce pas. Jésus est entré par la Porte d'Hérode et ne fait au Temple qu'une halte calculée — « Nous allons entrer par les portes du Septentrion et nous sortirons par les portes du Midi » — pour ne pas laisser à ses adversaires le temps de s'organiser.

Le lieu. Le discours n'est pas prononcé dans une cour du Temple mais dans une ruelle à arcades, au croisement des chemins qui descendent vers l'Ophel, et la foule y afflue au point de gêner la circulation de la grande rue.

La rencontre. Surtout, l'allégorie en naît d'une : l'aveugle-né du chapitre précédent, que Jean ne fait jamais reparaître, revient ici en personne, nommé — « Sidonia, dit Bartolmaï » — chargé de paniers de pommes de Saron pour un patron qui « n'est pas hébreu », les Hébreux ne voulant plus l'employer depuis son expulsion. C'est en lui répondant que Jésus est rejoint par des pharisiens venus par-derrière, et l'allégorie sort de cette dispute-là.

Ce qui est ajouté

Là où Crampon pose côte à côte « Mais celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis » et « je suis la porte des brebis » sans jamais dire comment le même peut être les deux, l'Œuvre noue explicitement : « je suis en même temps la Porte et le Berger ; j'y entre et en sors comme et quand je veux ». Le nœud est fondé sur la liberté — « J'y entre librement, en passant par la porte, car je suis le vrai Berger » : ce qui distingue le vrai berger du voleur, ce n'est pas le titre, c'est qu'il n'a pas à escalader.

Le portier. Celui de Jn 10, 3, singulier et anonyme, devient une fonction collective et datée : « ceux qui sont pour l'éternité les portiers du vrai bercail », c'est-à-dire les prophètes, qui « m'ont décrit » et « ont préparé mes chemins » ; et « le dernier d'entre eux m'a ouvert la porte » en prononçant les paroles du Baptiste, citées presque littéralement — « Voici celui dont j'ai dit qu'il vient derrière moi. »

Le mobile du voleur. Jn 10, 10 énonce son programme — « Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire » — sans en dire la raison ; ici, le meurtre reçoit un mobile, et il est policier : il tue « pour que les agneaux qu'il prend n'aient pas de voix pour se plaindre et n'attirent pas l'attention des gardiens et du berger ».

Le trait retourné. Il l'est aussitôt contre l'auditoire : les faux bergers d'Israël frappent les brebis « pour les empêcher de parler, de raconter au Berger les ruses des faux bergers » — deux pages après qu'un aveugle guéri a été expulsé pour avoir parlé.

Le mercenaire. Crampon le définit uniquement par une absence (il « voit venir le loup, laisse là les brebis et prend la fuite » et « n'a nul souci des brebis »), reçoit ici un métier, un salaire et une suite : il aime « l'argent qu'il gagne pour les mener au pâturage », s'enfuit avec « son pécule sur lui », puis revient — « quitte à revenir chercher plus tard quelque brebis laissée à moitié morte par le loup ou égarée par le voleur ». « Il tuera la première pour la manger, ou vendra la seconde comme lui appartenant pour grossir son magot », et rendra compte au maître « avec des larmes mensongères ». Le lâche de Jean devient un voleur à son tour.

Le propriétaire. En face de lui, il est défini par une comptabilité : il sait « combien d'heures de fatigue, combien de veilles, combien de sacrifices il a fallu ».

Le décodage. Enfin l'allégorie est décodée sur place, ce que Jean ne fait nulle part : les loups « sont les passions mauvaises, les vices que les faux bergers eux-mêmes ont enseigné au troupeau », et les bosquets des idoles « les propres égoïsmes devant lesquels trop de gens brûlent de l'encens ».

Ce qui est changé

Le désaccord le plus net porte sur Jn 10, 8. Crampon écrit sans réserve que « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ». L'Œuvre ne peut pas le reprendre, puisqu'elle vient de faire des prophètes les portiers du bercail ; elle restreint donc la phrase aux imposteurs — « Combien sont venus jusqu'ici se prétendre tels, qui en fait n'étaient rien d'autre que des voleurs et des brigands ! » Ce ne sont plus les prédécesseurs, ce sont les faux messies. Les deux retouches se tiennent : promouvoir le portier oblige à désarmer le verset 8.

Deuxième déplacement : chez Crampon, entrer et sortir est le privilège de la brebis — « si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera, et il sortira » ; ici, la formule est d'abord transférée au Berger lui-même — « j'y entre et en sors comme et quand je veux » —, avant d'être rendue aux brebis quelques lignes plus loin.

Troisièmement, le motif de la fidélité change de nature : les brebis suivent, chez Jean, « parce qu'elles connaissent sa voix » ; ici, « car elles aiment la voix du berger » — la connaissance devient amour. Et la fuite devant l'étranger, que Jean explique par la seule ignorance (« parce qu'elles ne connaissent pas la voix des étrangers »), s'explique ici par la peur : « parce qu'elles ne le connaissent pas et le craignent ».

L'incompréhension criée. Enfin, ce que Jean rapporte comme un constat du narrateur — « Jésus leur dit cette allégorie ; mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait » — devient une incompréhension criée en face : « Nous n'avons rien compris à ton radotage. Ce que tu dis n'a aucun sens. Parle et réponds sans paraboles. Es-tu, oui ou non, le Messie ? »

Ce qui tombe

Peu, mais deux formules considérables. Le salut promis à qui entre — « il sera sauvé » — n'est jamais dit sous cette forme : l'Œuvre le remplace par une condition négative, « Qui ne passe pas par moi ne peut entrer », et par une promesse de protection, « celles qui viennent vers moi sont en sécurité ». Et la réciproque trinitaire de Jn 10, 15 — « comme mon Père me connaît, et que je connais mon Père » — disparaît comme telle : la connaissance mutuelle devient asymétrique et pratique, le Fils connaissant « la Pensée » du Père et le Père connaissant l'amour du Fils.

La pointe

Chez Jean, le discours se referme sur le pouvoir reçu du Père de donner sa vie et de la reprendre, « tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père », et l'auditoire se divise. Ici, l'allégorie a une fonction que Jean ne lui donne pas : elle est la réponse à la question sur le Messie, et Jésus le dit — « C'est pour cela que je me suis présenté comme la Porte et le Berger. »

Les autres brebis. Celles « qui ne sont pas de cette bergerie » cessent d'être une mention en passant et deviennent un reproche adressé aux présents : elles « ignorent que j'existe », et Jésus jette à ses contradicteurs qu'à beaucoup d'entre eux « ces brebis semblent pires que des boucs sauvages » et qu'ils les jugent « indignes de connaître la vérité et d'obtenir la vie et le Royaume ».

Au-delà du verset 18. La perspective, ensuite, le dépasse largement. Le don de la vie devient nourriture — Jésus se change « de Pasteur en un pâturage et en une source » — et l'unification finale, chez Jean simple regroupement (« il y aura une seule bergerie, un seul pasteur »), devient un tri : la vie offerte servira « pour séparer dans les peuples les brebis des boucs ». Le bercail johannique se termine en jugement dernier, avec le repas de noces et un nom que le Berger seul connaît — « Mon vrai nom ! Il est connu de moi seulement ! »

La suite. Puis le récit continue encore après la fin canonique : Sidonia laisse là ses paniers pour suivre Jésus, qui l'emmène d'abord livrer ses fruits, puis demander sa bénédiction à son père.

Ampleur ×7 — Écarts : amplifiée · mobile ajouté · détail technique · pointe déplacée · prolongée

Résonances bibliques

  • Jean 10, 1-18 — la source directe : la porte du bercail, le voleur qui escalade, le portier, les brebis qui connaissent la voix, le berger qui marche devant, le mercenaire, le bon pasteur.
  • Jean 9, 1-41 — la guérison de l'aveugle-né et son expulsion, qui précèdent immédiatement chez Jean comme ici.
  • Jean 1, 15. 26-31 — les paroles du Baptiste citées dans le passage : « Voici celui dont j'ai dit qu'il vient derrière moi… je suis venu baptiser avec de l'eau afin qu'il soit manifesté en Israël. »
  • Ézéchiel 34 — les pasteurs d'Israël qui se paissent eux-mêmes, et Dieu qui vient lui-même chercher ses brebis : l'arrière-plan de tout le passage sur les faux bergers.
  • Jérémie 23, 1-4 — « malheur aux pasteurs qui perdent et dispersent les brebis de mon pâturage ».
  • EMV n° 27 (ch. 352) — la parabole du Bon Berger proprement dite, récit tout autre bâti sur la même figure.
Parabole de la Porte et du Bon Berger — Les paraboles de Jésus